Rencontre avec les Sans et cheminement personnel à propos du « tourisme ethnique »

San Living Museum

Sur les recommandations d’une amie à Windhoeck, nous décidons de visiter le San Living Muséum à côté de Omandumba Guestfarm.

San Living Museum

Kesako ? il existe en Namibie différentes ethnies (les Sans ou Bushmens, les Héréros, les Himbas …) qui tentent de survivre et de maintenir leur mode de vie traditionnel dans le flot mouvementé de ce pays en plein développement (et ce n’est pas simple … ).

San Living Museum

Si vous nous connaissez, vous savez que les visites des villages ethniques ce n’est pas notre truc. Ce côté organisé, quasi « zoo » ne nous plait pas. Soit on part avec un guide pour rencontrer ces ethnies (quelque soit le pays ou le continent) et du coup on tombe dans le voyeurisme. Soit on prend un guide privé, on marche des heures dans la pampa pour arriver dans des villages isolés (comme nous l’avions fait en Birmanie), soit encore on part seuls mais loin, en dehors des villages « pour touristes » pour aller trouver « l’authenticité », comme je le vois quelques fois, par exemple, avec les Himbas du kaokaland, mais je trouve que cela reste en fait malsain et je trouve qu’on apporte plus de mal que de bien à ces personnes.

San Living Museum (un père et son fils)

Parce qu’au final, que leur apportons-nous à eux ? S’il s’agit de villages où les touristes défilent avec leur guide c’est souvent du voyeurisme, du zoo ou pire de l’exploitation, on ne sait même pas combien touchent ces personnes pour nous accueillir. On a souvent l’impression de faire partie d’un gros business organisé et finalement l’échange est forcé voire subi et rarement intéressant pour nous comme pour eux.

San Living Museum – explication des symboles peints sur les pierres

Si on part seuls dans des villages reculés je trouve cela presque pire : pourquoi ne pas les laisser tranquilles ? Pourquoi leur imposer notre présence (en plus nous méconnaissons leurs règles, leur culture)? Oui on va me dire qu’ « ils sont contents de nous accueillir » mais c’est une méconnaissance de leur culture: l’accueil de l’étranger est, dans beaucoup de cultures, une obligation tout simplement…. Et après ? Ils retiennent quoi de ce notre passage de quelques heures au mieux deux ou trois jours? Au pire, on a donné/apporté des choses, mais n’est-ce pas là le début du système pernicieux du tourisme ethnique ? En avaient-ils besoin de ces « choses » avant qu’on arrive ? Au mieux, on a l’impression d’avoir passé du bon temps, d’avoir eu des échanges authentiques, d’avoir appris mais au final eux ? Qu’est-ce qu’on leur a apporté à eux ? S’ils sont isolés n’est-ce pas pour survivre dans leur mode de vie ? Ok, on va me dire « mais ce n’est que moi ou quelques visiteurs » mais c’est faux : un puis deux puis trois … avec les réseaux sociaux et la compétition à l’extraordinaire (le fameux sortir des sentiers battus) on sait qu’il suffit d’un pour que la porte s’ouvre…

San Living Museum

Nous ne sommes pas ethnologues, nous n’habitons pas sur place avec la possibilité de créer de vrais liens et de les soutenir, nous ne sommes que des voyageurs/touristes.. on est de passage mais il ne faut pas oublier « comme des milliers d’autres touristes » donc une petite chose multipliée peut devenir vraiment dévastatrice. Et pire encore quand je vois que certains en font leur « pub » ou leur business : franchement gagner de l’argent ou sa notoriété sur le dos de personnes qui n’ont rien demandé, ont ouvert leur porte, se sont laissés naïvement prendre en photo est je trouve assez drôle de la part de ces même voyageurs qui tapent sur le tourisme organisé !! Ils écrivent leur récit ou publient leurs photos ou se vantent sur les réseaux sociaux… et après on me parle d’authentique et de respect je me marre.  

San Living Museum

Donc la dernière fois nous avions décidé de ne faire aucune visite de village ethnique et pas même une photo des fameux Himbas, qu’on avait pourtant rencontrés à Opuwo ou Epupa comme tous les voyageurs qui s’y rendent.

Dans le même temps, leur culture est passionnante, leurs connaissances incroyables, leur mode de vie unique… Alors quand Christine (dont je recommande la lecture du livre C’est mon Afrique et vous allez l’adorer, elle qui vit en Namibie depuis plus de 10 ans!!) m’a expliqué le fonctionnement des Living Muséums je me suis dit pourquoi pas.

San Living Museum

L’idée est simple : des Sans, sur un territoire qui leur est octroyé, (en général deux ou trois familles s’installent là pour quelques mois puis repartent dans leur région et sont remplacées par d’autres familles San etc…), recréent un village typique et y accueillent les touristes en direct. Il y en a toujours au moins un qui parle anglais et qui sert d’interprète. Ils nous accueillent en direct, proposent des activités en leur compagnie, gèrent le village et donc le business et en récoltent la totalité des gains. Cette initiative a été créé par des allemands dans l’optique de les aider à conserver leurs connaissances ancestrales (orales) et les transmettre aux jeunes générations tout en s’adaptant au monde actuel. Ils les ont formés à l’accueil des touristes en leur donnant les infos pour organiser leurs activités : on peut partir faire une marche avec eux pour qu’ils nous expliquent les techniques de chasses, l’utilisation des plantes …. Ou des activités dans le village comme le feu, les bijoux d’apparat… . On arrive au village, on nous montre la liste des activités avec le temps pour chacune et le tarif. Puis on fait l’activité choisie, on échange avec eux et quand c’est fini on paie et on part.

San Living Museum

Tout est bien organisé (merci les allemands lol) mais du coup je trouve que l’échange est clair et donnant-donnant : on sait qu’on est dans une village-musée donc on n’arrive pas chez eux avec nos gros sabots, on peut échanger, ils sont habitués à nos questions, au contact avec les touristes donc ne sont pas gênés, il n’attendent rien de nous (à aucun moment on nous a demandé de l’argent ou autre que ce soit avec les hommes, les femmes ou les enfants). Ils savent qu’on les prend en photo (pas besoin de le faire en cachette !!!!!). Ils gagnent directement l’argent de leur travail.

San Living Museum

Alors oui ce n’est pas parfait : ce n’est pas spontanée, ils voient défilés des touristes (on n’est pas les premiers blancs qu’ils rencontrent comme je peux le lire sur certains blogs comme si, pour eux, rencontrer des blancs allaient être un tournant décisif… c’est surtout un gros coup de pub pour celui qui l’écrit !), oui c’est organisé….. Mais je crois que je préfère ça plutôt que faire n’importe quoi. Disons que c’est un compromis entre la visite « zoo » proposée par des lodges ou guides et la Grande Aventure ethnologique ! On apprend, on rencontre, on échange mais sans faire de mal, sans offusquer, sans obliger et en plus cela participe à la transmission et conservation des cultures. Pour nous cela restera un bon moment parce que nous y étions seuls (je ne suis pas sûre que j’aurais écrit cela s’il y avait eu des bus de touristes en même temps que nous …)

San Living Museum

BUDGET

  • Marche 1h30 avec les San au San Living Muséum : 10 euros/p
  • Bracelets du petit shop en plein air des Sans : 12 euros/bracelet

One Reply to “Rencontre avec les Sans et cheminement personnel à propos du « tourisme ethnique »”

  1. […] – 1 nuit – Omandumba guest farm campsite– (21€/nuit pour 2) San Living Museum (marche avec les Sans: […]

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