Ile de Con Dao: Histoire et recueillement

Nous avons passé 1 semaine sur l’île de Con Dao. Et je préfère commencer le récit par l’aspect Historique que représente cette visite. Il serait maladroit et assez injuste de résumer Con Dao à sa nature luxuriante, ses plages et sa douceur de vivre. Car pour les Vietnamiens il s’agit surtout d’une île de recueillement: tous les groupes de Vietnamiens que nous y avons croisés, étaient en pèlerinage et commémoration. Pas de maillot de bain ni tongs dans leurs affaires mais des donations, de beaux habits et le livre d’Histoire dans la tête.

ATTENTION: les prisons, musées, camps … ferment tous les midi de 11h à 14h

L’île représente 100 ans de torture et de barbarie: en 1862 l’administration coloniale française y a construit des prisons pour y déporter, enfermer et torturer des opposants. L’île était tristement connue sous le nom de « bagne de Poulo Condor ». Cet enfer est ensuite passé aux mains des américains et n’a cessé qu’avec la fin de la guerre du Vietnam.

On peut visiter les prisons. Certains bâtiments sont intacts et les cellules ont été conservées avec le système d’attache des prisonniers.

Chapelle de la prison centrale

Mais cela monte en intensité quand on se rend dans les camps français et américains où se trouvent les « fameuses » cage à tigre. Si ce sont bien les français qui ont mis au point cette torture, une fois à la fin de la guerre d’Indochine, le gouvernement Vietnamien du Sud et les américains ont perpétué la pratique et construit de nouvelles prisons.

Le camp américain ne présente plus des cages à tigres.

Alors qu’une reconstitution est bien présente dans le camp français et franchement celui qui ne ressent pas à la fois de la tristesse, de la révolte et quand même aussi une forme de honte n’est pas franchement humain …. Dés l’entrée on ressent une chape de plomb nous tomber dessus avec le système de portes et de grillages ….et tout ça au milieu des palmiers et cocotiers, c’est quand même troublant….

A l’intérieur, outre les cellules, on y comprend le système des cages à tigres: les prisonniers en-dessous, des grilles au-dessus et les geoliers pouvant leur balancer de l’huile de chaude, les torturer avec des bâtons acérés et autres barbaries en tout genre … sans aucun moyen pour les prisonniers de se protéger ou d’y échapper….c’est vraiment horrifiant.

Derrière le camp, se trouve le cimetière avec toutes les tombes des martyrs. Tous les soirs à partir de 23h, les Vietnamiens « en pèlerinage » se rendent sur les tombes, dont certaines sont très connues comme celle de Võ Thi Sau dont je reparle plus loin. Honnêtement, nous y sommes allés sur le conseil d’autres voyageurs mais je ne me suis pas sentie à l’aise. Ce n’est pas du folklore, les gens qui viennent sont vraiment là pour se recueillir du coup j’ai trouvé que cela faisait trop voyeuriste. Et puis je me suis imaginée si le tourisme se développe et que des touristes en tongs et shorts, bière à la main viennent « voir » et prendre des photos pendant que ces personnes se recueillent, ça serait vraiment malsain et gênant. Donc je ne le referai pas et je ne le conseille pas. On peut y aller dans la journée.

Comme j’ai commencé à l’écrire, les Vietnamiens, et encore plus sur l’ile de Con Dao, vouent un culte à Võ Thi Sau, qui est souvent comparée à la Jeanne d’Arc française : elle s’est engagée à 14 ans dans les milices anti-colonialistes, a été arrêtée par le pouvoir colonial français puis exilée sur Con Dao pour y être fusillée. Elle fut la 1ère femme-prisonnière à mettre le pied sur l’île-bagne et à y être exécutée. On dit qu’elle chantait l’hymne patriotique au moment de se faire fusiller et qu’elle n’avait pas peur ….

Si son histoire est souvent relatée (entre autres au musée des femmes de Hanoi), à Con Dao on « vit » vraiment avec. On peut trouver un « petit musée » sur sa vie à l’ancienne maison de la police où elle fut enfermée avant son exécution.

Enfin, les Vietnamiens, dans leur parcours de pèlerinage, ne manquent pas de s’arrêter à différents petits temples qui représentent les légendes de l’île. On se rend compte que son côté mystique et sa fonction d’exil a commencé avant l’administration coloniale, comme l’histoire de Phi Yen, une des femmes de l’Empereur Nguyen Gia Long, isolée et exilée sur l’île et qui a fini par se suicider…. Aujourd’hui son temple est très important pour les Vietnamiens.

Il y a également le temple Chua Nui Mot (attention aux singes super agressifs dans les escaliers pour y accéder). Ce n’est pas forcément une pagode dingue mais on est en hauteur avec une vue magnifique sur les alentours et une belle ambiance sur place.

Et sur les deux côtes, on trouve des petites sépultures, on n’a malheureusement pas saisi l’Histoire car écrite en vietnamien, mais elles semblent être des lieux de recueillement importants.

Le petit regret c’est qu’il y a vraiment trés trés peu d’explications sur l’île …. je ne sais pas s’il possible de trouver des guides qui parlent anglais ou français mais ça rendrait les visites vraiment plus intéressantes car on passe devant beaucoup de reliques sans savoir ce dont il s’agit.

Par exemple juste à côté de la plage de Lo Voi se trouvent des bâtiments avec des fours et on ne comprenait vraiment pas ce que ça pouvait être. C’est la proprio de l’hôtel où nous dormions qui nous a expliqué que l’administration coloniale française obligeait des vietnamiens à plonger pour ramasser du corail qui était ensuite réduit en poudre et transformé en espèce de ciment pour la construction. Des plongées périlleuses au cours desquelles beaucoup de vietnamiens sont morts…

De l’autre côté de la ville se trouve un cimetière érigé suite à une rébellion maîtrisée dans le sang.

Cet aspect Historique de l’île est vraiment non négligeable quand on choisit de visiter Con Dao. On a croisé des voyageurs qui ne passaient que 2 jours sur l’île donc qui enchaînaient les visites et la plage … on avait l’impression que c’était une formalité…. mais moi ça m’a bouleversée, j’avais envie de m’excuser devant chaque vietnamien. Évidemment c’est stupide, ce n’est pas moi qui ait commis ces actes mais il y a quand même une partie de moi qui se sentait coupable de ce qui s’était produit ici. Je trouve que par respect aussi, il faut prendre le temps de comprendre et de mesurer l’Histoire, pas seulement cocher une visite sur sa to do list et hop à la plage…

 

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